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Vous retournez vérifier si votre bébé respire, encore et encore. Votre cœur s'emballe quand quelqu'un d'autre le prend dans ses bras. Une image horrible vous traverse l'esprit sans prévenir, et vous avez peur de vous-même. Si vous vous reconnaissez, retenez d'abord ceci : vous n'êtes pas seule, vous n'êtes pas une mauvaise mère et vous n'êtes pas en train de devenir folle. L'anxiété post-partum et les pensées intrusives sont fréquentes après l'accouchement, on en parle rarement, et elles s'améliorent avec le bon soutien. Ce guide explique ce qui est courant, ce qu'est le TOC post-partum, des gestes apaisants à essayer dès aujourd'hui et quand demander de l'aide au Canada.
Qu'est-ce que l'anxiété post-partum?
Un peu d'inquiétude fait partie des soins à un nouveau-né. Votre cerveau est programmé pour protéger ce petit être, et une vigilance accrue est normale. On parle d'anxiété post-partum quand l'inquiétude devient constante, difficile à arrêter, et qu'elle prend toute la place, le jour comme la nuit.
Elle peut commencer pendant la grossesse ou à n'importe quel moment de la première année. Elle peut toucher une maman à son premier bébé comme à son quatrième, après un accouchement facile ou difficile. Beaucoup de mamans anxieuses ne se sentent pas tristes du tout, alors elles ne la reconnaissent pas, parce qu'on parle surtout de dépression post-partum.
Les signes fréquents de l'anxiété post-partum
Dans votre tête
- Des pensées qui défilent et des « et si… » qui ne s'arrêtent pas
- L'impression que quelque chose de grave va arriver
- De la difficulté à vous détendre, même quand bébé dort en sécurité
- Les nerfs à vif, de l'irritabilité, vous sursautez facilement
- De la difficulté à vous concentrer ou à prendre de simples décisions
Dans votre corps
- Incapable de dormir, même quand vous en avez l'occasion
- Le cœur qui bat vite ou fort, la poitrine serrée, le souffle court
- Des nausées, une perte d'appétit ou des maux de ventre
- Les épaules ou la mâchoire crispées, des maux de tête
- Des vagues de panique soudaines
Dans ce que vous faites
- Vérifier votre bébé sans arrêt
- Chercher vos symptômes en ligne tard le soir
- Éviter les sorties, la voiture ou le fait d'être seule avec bébé
- Refuser l'aide des autres, parce que ça ne vous semble pas sécuritaire
Les pensées intrusives : ce dont personne ne vous parle
Les pensées intrusives sont des pensées ou des images non désirées qui surgissent soudainement. Après la naissance, elles portent très souvent sur un accident qui arriverait au bébé : l'échapper dans l'escalier, qu'il glisse sous l'eau dans le bain ou, le plus effrayant, l'idée que vous pourriez lui faire du mal vous-même.
Voici le plus important : avoir une pensée effrayante, ce n'est pas la vouloir. Ces pensées sont si bouleversantes justement parce qu'elles vont à l'encontre de tout ce qui compte pour vous. Les mamans qui les vivent réagissent généralement en redoublant de prudence : elles évitent les couteaux, sautent le bain ou ne veulent pas rester seules avec le bébé. Cette réaction montre à quel point vous voulez protéger votre enfant.
Beaucoup de nouveaux parents ont des pensées intrusives à un moment ou à un autre. Elles deviennent un problème quand elles reviennent souvent, causent beaucoup de détresse et commencent à changer votre façon de vivre vos journées.
Le TOC post-partum, expliqué simplement
Le trouble obsessionnel-compulsif (TOC) post-partum, c'est quand les pensées intrusives tournent en boucle :
- L'obsession : une pensée ou une image dérangeante revient sans cesse, souvent à propos d'un mal qui arriverait au bébé.
- L'anxiété : vous ressentez une peur, une culpabilité ou un dégoût intenses.
- La compulsion : vous faites quelque chose pour vous sentir en sécurité, comme vérifier, prier, demander d'être rassurée, éviter certaines choses ou « annuler » la pensée dans votre tête.
- Un soulagement de courte durée, puis la pensée revient plus fort. Le cerveau apprend que la pensée était dangereuse, alors il la renvoie.
Le TOC post-partum est un problème de santé reconnu qui se traite. Le traitement le plus étudié est une forme de thérapie cognitivo-comportementale (TCC) appelée exposition avec prévention de la réponse (EPR), parfois combinée à des médicaments. Certains médicaments sont compatibles avec l'allaitement, et votre médecin peut en discuter avec vous.
Pensées de TOC ou urgence médicale?
Avec le TOC post-partum, les pensées vous semblent fausses et horribles, et vous savez qu'elles ne sont pas de vrais projets. C'est très différent de la psychose post-partum, une urgence rare mais grave où la maman peut perdre contact avec la réalité : voir ou entendre des choses que les autres ne perçoivent pas, croire des choses étranges qui lui semblent tout à fait vraies, ou être très confuse. Si vous ou un proche remarquez ces signes, composez le 911 immédiatement.
Des gestes apaisants à essayer dès aujourd'hui
Ces gestes ne remplacent pas un traitement, mais beaucoup de mamans trouvent qu'ils les soulagent un peu en attendant un rendez-vous.
- Nommez-la. Dites-vous doucement : « C'est une pensée intrusive. C'est l'anxiété, pas une intention. » Mettre un nom sur la pensée crée un peu de distance.
- Ne vous battez pas contre la pensée. Essayer de toutes vos forces de la chasser la rend souvent plus forte. Laissez-la passer, comme un bruit de fond, et revenez doucement à ce que vous faisiez.
- Expirez plus longtemps que vous inspirez. Inspirez en comptant jusqu'à 4, expirez en comptant jusqu'à 6, pendant une minute ou deux.
- Ancrez-vous. Repérez 5 choses que vous voyez, 4 que vous pouvez toucher, 3 que vous entendez, 2 que vous sentez et 1 que vous goûtez.
- Protégez un bloc de sommeil. Demandez à votre partenaire ou à un proche de faire un boire de nuit ou de prendre le relais tôt le matin. Un cerveau épuisé s'inquiète davantage.
- Mangez et buvez régulièrement. Une baisse de sucre et la déshydratation peuvent accentuer le cœur qui s'emballe et les tremblements.
- Limitez les recherches de nuit. Notez votre inquiétude et apportez-la plutôt à votre médecin, votre sage-femme ou votre infirmière en santé publique.
- Sortez quelques minutes. L'air frais et une courte marche douce, quand vous vous en sentez capable, peuvent aider votre corps à se calmer.
- Confiez-vous à une personne. Dire « J'ai des pensées qui me font peur et ça m'inquiète » à quelqu'un de confiance est souvent un énorme soulagement.
Comment parler de vos pensées intrusives à votre médecin
Beaucoup de mamans se taisent parce qu'elles ont peur qu'on les croie dangereuses ou qu'on leur enlève leur bébé. Les professionnels qui accompagnent les nouveaux parents savent que les pensées intrusives sont fréquentes, et ils savent les distinguer d'un vrai risque. Vous pouvez simplement dire :
« Depuis la naissance du bébé, j'ai des pensées non désirées et effrayantes qu'il lui arrive du mal. Elles me bouleversent beaucoup et je vérifie ou j'évite des choses pour y faire face. J'ai besoin d'aide. »
Vous pouvez en parler à votre médecin de famille, votre sage-femme, une infirmière praticienne ou une infirmière en santé publique, ou appeler le 811 pour parler à une infirmière (Info-Santé et Info-Social au Québec). Si vous vous sentez aussi déprimée, vide ou sans espoir, lisez notre article sur les signes de la dépression post-partum et sa durée, car l'anxiété et la dépression vont souvent ensemble.
Quand appeler votre médecin ou votre sage-femme
Communiquez avec votre médecin, votre sage-femme ou une infirmière praticienne, ou appelez le 811, si :
- vos inquiétudes ou vos pensées intrusives durent plus de deux semaines ou s'intensifient
- vous n'arrivez pas à dormir même quand votre bébé dort
- vous évitez des gestes du quotidien, comme donner le bain, sortir ou rester seule avec bébé
- vous faites des crises de panique
- vous passez beaucoup de temps chaque jour à vérifier, à chercher à être rassurée ou à faire des rituels pour vous sentir en sécurité
Demandez de l'aide immédiatement si vous avez des pensées de vous faire du mal, si vous sentez que vous pourriez passer à l'acte à propos d'une pensée de faire du mal à votre bébé, ou si vous ne pouvez pas assurer votre sécurité. Appelez ou textez le 988 (Ligne d'aide en cas de crise de suicide, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, partout au Canada), composez le 911 ou rendez-vous à l'urgence la plus proche. Composez aussi le 911 si une maman semble confuse, voit ou entend des choses qui n'existent pas, ou croit des choses clairement fausses.
Réponses rapides
Est-ce normal d'avoir des pensées intrusives après l'accouchement?
Oui, beaucoup de nouveaux parents en ont. Elles sont le signe d'un cerveau anxieux et protecteur, pas d'un désir caché. Si elles sont fréquentes ou très pénibles, parlez-en à votre médecin, car de l'aide efficace existe.
L'anxiété post-partum part-elle toute seule?
Une inquiétude légère s'atténue souvent avec plus de sommeil et de confiance. Une anxiété qui dure plus de deux semaines ou qui nuit au quotidien s'améliore habituellement beaucoup plus vite avec du soutien, comme la thérapie et parfois des médicaments.
Est-ce qu'on va me signaler si je parle de mes pensées effrayantes à mon médecin?
Les professionnels de la santé savent que les pensées intrusives sont fréquentes et qu'une maman horrifiée par ces pensées n'est pas un danger. En parler est la première étape pour aller mieux.
Vous méritez de retrouver le calme et de vous sentir en sécurité dans votre propre tête, et de l'aide existe. Terra Mama accompagne les mamans du Canada avec des essentiels de récupération et de l'information honnête pour les semaines et les mois qui suivent l'accouchement. Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace pas les conseils de votre médecin ou de votre sage-femme.